Fantasme

Le Petit Déjeuner

Le Petit Déjeuner

D’ordinaire, ce genre de jeux, moments, se passent toujours en soirée, parfois l’après midi mais rarement le matin. Pourtant c’est ce qu’il décida, elle devait le rejoindre à 7h dans sa chambre d’hôtel et pour reprendre une formule qui m’a beaucoup amusée sur une annonce « plutôt 5 étoiles que formule1 ».
Personne ne me contredira en disant qu’il s’agit de jeux raffinés, élégants, sensuels, gourmands, et même si nul n’emploie le terme dans son annonce, il faut bien avouer qu’il y a un certain élitisme au sein de ce milieu de débauche, n’ayons pas peur des mots.
Cette femme, et ce n’est pas moi, avait tout pour elle, sauf, un manque cruel de … vous le découvrirez plus tard. Bref, Appoline est de taille moyenne, de corpulence moyenne, châtain, des yeux marron, finalement une fille assez banale.
Pourtant, au-delà de cette apparence où elle devenait presque transparente, quelque chose transparaissait toujours d’elle, son charisme, sa prestance, ce quelque chose d’indéfinissable, d’impalpable, mais bel et bien présent, elle envoutait.
Elle le savait et en jouait à merveille, notamment au sein de son équipe où elle était chargée de recrutement.
Sa fonction, lui permettait une certaine liberté, Appoline n’en abusait pas, mais savait en profiter pour faire par exemple un choix parmi les candidats plus personnel que professionnel.
La morale, elle s’en souciait peu, elle était une femme moderne, qui aimait juste parfois prendre du bon temps.
Vous l’aurez compris, Appoline a une vie professionnelle bien remplie, des ambitions, des amants de passage, et des fantasmes.
Mais ses fantasmes étaient très très loin de son image…elle rêvait d’être juste « soumise ». Le terme est moche, elle, ce qu’elle désirait c’était un Homme qui lui dirait non pas à voix haute, genre, le Maître parle, mais entre les lignes, entre les paroles, « Laisse toi aller, abandonne toi…le reste je m’en occupe ».
C’est ainsi, qu’Appoline s’est inscrite sur www.sensationsm.com. Tout est dans le titre, malheureusement pour elle, parmi tous ces hommes voilà grossièrement ce qu’il en ressortait :
Les soumis ;
Les trav ;
Les dominants qui en réalité souhaitent être soumis ;
Les gays ;
Les obsédés sexuels qui ne voient dans cette démarche que la fin  éjaculer… assez réducteur je vous l’accorde ;
Les assistants sociaux qui pensent qu’une soumise est forcément une « pauv fille » ;
Les pseudos dom qui sont des romantiques, poète, délicats, etc…
A l’inverse, les brutes ;
Les élitistes du luxe qui ne voient qu’à travers leur coupe de champagne…
Bien entendu, dans toutes ces catégories, on retrouve ceux qui sont frustrés avec Bobonne qui ne peut qu’être que la mère de leurs enfants…mais pas la Femme de leurs fantasmes et ceux qui cherchent n’importe quel moyen pour « tirer leur coup ».
Au milieu de tout ça, des Hommes normaux avec leurs émotions, leurs fantasmes, leurs passions, leurs amis, bref leurs vies.
Après plusieurs dialogues qui avaient échoué dans une impasse, Appoline restait en ligne pour échanger simplement avec d’autres femmes sur leurs limites, leurs envies.
Et à 22h42, précisément en ce 12 août 2011, « Déclic » arriva en lui envoyant ce message tchat : « bonsoir, Cocotte, tu t’ennuyais, désormais je suis là, et maintenant on va discuter sur le tchat, ensemble, rien que nous pendant une heure, nous cesserons donc cet échange ensemble à 23h42, et tu me rejoindras, demain, à l’hôtel « Sofitel-Le Vieux Port » à 7h chambre 508 avec 2 croissants et 2 pains au chocolat, une robe, portée avec les sous vêtements que tu préfères. »
En voyant ce message, elle eut comme 1ère envie de le supprimer, non, mais pour qui se prenait-il ? il la tutoyait comme s’ils avaient élevé les cochons ensemble, lui balançait, un vulgaire, Cocotte, comme si elle était une poule qu’on siffle, bref, à cette provocation, il fallait qu’elle réponde, mais pas n’importe quoi, il fallait répondre vite, montrer sa répartie.
Au fil de sa réflexion, Appoline se dit qu’il vallait mieux faire une réponse brève qui lui laisserait le temps de mûrir une réponse plus réfléchie.
« Cher Monsieur, je ne vous permets ni de m’appeler Cocotte, ni de me tutoyer, on ne se connait pas et je ne vous rejoindrais nulle part demain matin, mais je vous souhaite une bonne nuit avec votre fantasme ».
Pour autant, un échange aussi provocant était rare, en général, et il faut bien l’avouer, compréhensible, il est difficile de débuter un dialogue suite à une annonce plus ou moins précise avec des photos plus ou moins érotiques (certaines ressemblent davantage à un étalage de boucherie, ha un sexe, ha un sein…ha un cul, d’autres sont tellement flouées qu’on peut se demander s’ils entrainent sur Photoshop, certaines font dans le Porno chic…
Oui, quand un récit est présent, c’est plus facile, on peut débuter par un simple « Bonsoir, j’ai bien aimé votre texte », mais l’exercice est moins évident avec un « Bonsoir, vous avez un beau cul » ça marche aussi pour « sein », ou « sexe ». C’est déjà moins glamour…
La plupart, tenteront donc un vague, « Bonsoir, comment allez vous ? » ou un « Bonsoir, nous sommes (presque) voisins », il faut bien trouver quelque chose, après avoir lu et j’exagère à peine « moi soumise cherche dom avec respect confiance, hygiène, et tout le blabla plus ou moins poétique, écrit avec plus ou moins de fautes.
Je conclurais sur le fait qu’il me semble que c’est plus facile avec Meetic, « hello, moi aussi j’aime le squash » ou un « salut, on fait le même job, et on est presque voisin, on a déjà du se croiser ».
Et, de ce fait, Déclic avait au moins été original, différent, et ainsi devenait non pas un parmi les autres, mais Lui.
Appoline n’attendait plus rien de cet échange et poursuivait ses autres dials tout en cherchant sur le web des escarpins pour aller avec la robe qu’elle s’était offerte aujourd’hui chez « 123 ». Elle aimait bien cette marque pour son côté élégant, féminin, assez BCBG, sans être hors de prix.
C’était une robe assez simple, 3 trous, blanche… .
Appoline se voyait déjà l’accessoiriser avec son sautoir formées de dentelles de fleurs couleur or ou un collier en perle de jade très BCBG.
Par contre, les escarpins noirs avec le blanc, ça n’allait pas, il fallait du blanc, du crème voire de l’argenté.
Un nouveau message de Déclic, arriva.
« Merci de m’avoir répondu, c’est un bon début, maintenant poursuivons, nous avons peu de temps pour nous convaincre mutuellement, moi que j’ai fait le bon choix, et vous que vous ferez le bon ».
Elle sourit, il ne manquait pas d’audace, et piquait sa curiosité, elle voulut donc en savoir plus en cliquant sur le lien de son annonce qui, malheureusement indiquait « en cours de validation ».
2 options soit il était nouveau, soit, il venait de la modifier.
Elle ne savait donc rien de lui, ni son âge, ni son lieu, ni sa brève description, ni sa photo, en clair, un parfait inconnu.
En effet, il la provoquait, une fois encore, ainsi, il mettait éventuellement en doute le fait qu’il ait pu se tromper en la choisissant. Elle se sentait alors l’âme d’une conquérante, son égo était touché, comment une autre aurait-elle pu attirer davantage l’attention qu’elle ? N’avait-elle pas tout pour elle ?
22h50, à ce moment là, les escarpins n’ont plus d’importance. Elle cherche sa réponse mais prend son temps.
En ayant été piqué au vif, ses émotions prenaient le dessus sur sa capacité de réflexion, et elle lâcha aussi vite que sa vitesse de frappe lui permettait de le faire : « Monsieur, je n’ai pas pour habitude de répondre aux hommes sans annonce ».
Une réponse sans intérêt mais juste pour faire genre, je ne suis pas touchée par vos propos.
Elle n’attendait plus que sa réponse, et éclipsa rapidement ses autres échanges en expliquant à ses consœurs, qu’elle était occupée par ailleurs.
Cet inconnu avait en 2 messages pris la première place dans ses priorités de l’instant : ses escarpins, son échange avec ses amies, son thé qui refroidissait…Chapeau pour un Homme sans annonce.
22h55, toujours rien, Appoline devenait folle en actualisant sans cesse sa page dans l’attente de ce message qu’elle se voulait d’attendre avec autant d’impatience.
Elle voulait quitter le site, acheter ses escarpins, finir son thé et se coucher, mais elle était scotchée devant son écran attendant non pas calmement mais avec beaucoup d’excitation le message de Déclic.
22h58, enfin, il lui répondit « certes, mais cela fait déjà 2 fois que vous me répondez, sans supprimer mon message, vous attendiez donc ma réponse, ai-je désormais toute votre attention ? »
Du calme, du calme, Appoline tentait de reprendre ses esprits, et réfléchir calmement, doucement, sereinement, bref, ne pas être excitée comme une puce. Afin de s’y aider, elle se leva, s’étira, pris son thé, et alla de la cuisine à la salle de bain, revint à sa chambre caressa le chat, « Roméo » de son prénom et se rassise.
Il faut bien avouer que sa méthode de réflexion n’eut aucun succès, elle était toujours excitée, et répondit par défi et arrogance, que « non, vous n’avez pas toute mon attention, il ne suffit pas de 2 messages tchat d’un parfait inconnu pour que je sois à votre disposition, soumise, et dans tous mes états ».
Ses émotions l’emportaient, elle venait de se trahir toute seule n’importe qui sans être un grand psychologue avait compris.
De nouveau, elle frémissait d’impatience et pensait à ce mystérieux RDV. Elle pensait qu’il était extrêmement gonflé de lui demander d’amener le petit déjeuner alors qu’il était dans un des meilleurs hôtels de la ville et en plus, elle devait l’inviter.
Bien sûr, elle avait déjà offert des croissants à ses amants, ses collègues etc… mais par principe, aussi ridicule puisse t-il être pour la femme moderne qu’elle représente, elle souhaitait que lors du 1er RDV se soit l’Homme qui l’invite. Là, une fois encore, il bouleversait tout, sans s’en soucier, ni s’en rendre compte.
23h10, rien aucune réponse, ne se contrôlant plus, elle vérifia qu’il était toujours dans la liste des présents, il y était « check », vérifia son historique, le message était toujours là, donc rien n’avait été supprimé, « check ». Que faire ?
Appoline attendait, et hésitait même à lui renvoyer un message, allait-elle oser après son message précédent ?
Un message, désillusion parfaite, « bonsoir, votre annonce est très sommaire, envie de m’en dire plus ? » L’auteur, impossible encore de déterminer sa catégorie, mais ce qui était sûr c’est qu’il tombait vraiment mal, il aurait fallu ajouter un statut comme sur msn, occupé, absent, etc…
Pour autant, elle lui répondit. « Bonsoir, je n’ai pas le temps, je suis occupée, bye bonne nuit ».
Elle était furax, d’avoir été dérangée de la sorte, maugréant malgré elle car sachant que le pauvre ne pouvait pas savoir.
23h13. Son message. « Si je me suis trompé, dites le moi maintenant, en me souhaitant une bonne nuit et je ne vous écrirai plus, à l’inverse, poursuivons. Vous noterez que je vous ai déjà accordé un certain délai de réflexion. »
Que dire ? Que faire ? Appoline ne réfléchissait plus, elle relut plusieurs fois le message, et même une fois à voix haute. Que se passait-il ? Dans quoi s’embarquait-elle ? Se rendait-elle compte qu’il s’agissait là du 1er ordre de Déclic ?
Bêtement, elle répondit : « oui ».
Avait-elle autre chose à ajouter ? Qu’aurait-elle pu dire ? Elle était comme hypnotisée par cet inconnu dont elle ne connaissait rien pas même le prénom.
—————-
Sa réponse, si laconique était le reflet de sa perplexité. Elle n’en revenait pas et avait du mal à rassembler toutes ces idées, il faut dire qu’il était déjà tard, même si sa journée avait été relativement calme.
Comme pour beaucoup, le vendredi était le jour le plus calme de la semaine avec le weekend en ligne de mire.
Le vendredi après-midi était souvent le moment de ranger ses papiers, préparer la semaine suivante, et pour aujourd’hui le 12 août, la dernière heure, chacun parlait de ce qu’il envisageait pour le 15 août, simple journée de repos, ou grand weekend à l’aube de la rentrée.
Appoline avait fait le choix du grand weekend, mais sans savoir encore si elle allait partir ou rester chez elle tranquillement. Elle avait juste décidé de s’offrir cette jolie robe qu’elle avait remarquée en vitrine de chez 123, ce matin là en arrivant au bureau.
Son bureau était proche de la Préfecture, sur le Cours Pierre Puget. Aussi, chaque matin, elle s’arrêtait à la station de métro « Estrangin », et elle n’était alors qu’à une centaine de mètres.
Mais ce jour là, elle s’était arrêtée au « Vieux Port » et avait décidé de remonter toute la rue St Ferréol, autrement dit, la rue du Shopping, sauf qu’à cette heure là, 9h, tout ou presque était encore fermé.
Voilà donc, comment s’était déroulée sa journée, elle s’était promis de s’offrir cette jolie robe blanche.
Une fois rentrée, chez elle, elle avait commandé des sushis chez Sushishop, et s’était confortablement installée derrière son écran.
23h17 : « Alors prendrons-nous ensemble demain le petit déjeuner ? ».
Appoline, fatiguée, ne résistait plus. Sa réponse empreinte de sincérité, fut « je ne sais pas, vous m’intriguez, mais… »
Son « mais » était rempli de doutes, tellement qu’il aurait été difficile d’en établir une liste exhaustive, toutefois voici les éléments qui filaient dans son esprit :
 Demain c’est samedi, je fais la grasse matinée, alors avec vous à 7h, signifie au moins levée à 5h45 !!! Impensable un samedi matin, pour un inconnu, car même pour un ami, elle ne l’aurait pas fait, à moins d’une urgence, et là, la question ne se pose même pas ;
 Un inconnu du milieu BDSM, qui plus est dom, sans annonce, et dont je ne connais rien, non mais, pas folle la guêpe, je ne prends aucun risque ;
 J’ai prévu de dormir et ensuite aller à la gym avec Cécilia, je ne vais pas annuler pour quelque chose dont je ne sais rien ;
 De quoi aurais-je l’air s’il est petit, moche, vieux, con ?
 De quoi aurais-je l’air s’il est grand, charmant, jeune, intelligent ?
 En même temps, parfois il faut prendre des risques, oui, ok, sauf que là, ben non, ce n’est pas le moment.
Sur son écran, « messages » se mit à clignoter, elle cliqua, fébrile, impatiente et excitée, de découvrir ce message de Déclic, mais il ne s’agissait pas du sien, mais de celui qui lui avait écrit précédemment et à qui elle avait répondu assez sèchement, qu’elle était occupée, par ailleurs.
« Désolé de vous avoir dérangé. Prenez s’il vous plaît, le temps de lire mon annonce, et reparlons-nous. A toutes fins utiles, je serai connecté demain en fin d’après midi, et dimanche matin. En attendant, je vous souhaite une bonne nuit. » De nouveau cet inconnu, qui répondait au pseudo ni poétique, ni original de : « Mathieu», ce qui était vraisemblablement son prénom.
Son premier message envers lui, avait été des plus froids, tant elle était dans l’attente de celui de Déclic.
Mais là, elle aimait le ton, et lui répondit : « Merci de votre compréhension, je la lirai, bonne nuit à bientôt. ».
Comme de fait, aussitôt elle cliqua sur « voir l’annonce » et envoya le message.
Son annonce n’était ni la pire, ni la meilleure, mais encourageait au dialogue. Je vous laisse en juger par vous-même.
Mathieu, 38 ans, région Paca, Lyon, Paris.
H dominateur ch F soumise.
« Bonjour,
Je m’appelle Mathieu. J’ai indiqué plusieurs lieux, car je me déplace régulièrement. Peu importe ma profession pour le moment, je tiens juste à me présenter comme celui qui aime ce milieu depuis fort longtemps, sans pour autant en faire une philosophie de vie. 
Mes compagnes étaient soit soumises, soit vanille, mais je les ai toutes aimées, leur ai portées le même respect, la même attention.
J’aime le sport sans être un athlète de haut niveau, la musique sans être un mélomane absolu, le cinéma plus intimiste que commercial, voilà pour le principal.
Pour le reste, parlons en, je n’ai pas de secret. A vous lire. »

A propos de Emotions (dé)raisonnables

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4 Réponses à “Le Petit Déjeuner”

  1. Le 12 août 2012 à 18 h 44 min Sadeness a répondu avec... #

    Il me tarde que le jour se lève…

  2. Le 13 août 2012 à 10 h 16 min Sadeness a répondu avec... #

    Appoline le sait bien, la vie est folle, la mort est là pour les raisonnables.

  3. Le 11 avril 2013 à 21 h 09 min alexis-cordier@orange.fr a répondu avec... #

    Bientôt sur Marseille….

  4. Le 12 avril 2013 à 9 h 56 min Emotions (dé)raisonnables a répondu avec... #

    Comme tu le sais, à ce moment là, je serai heureuse de prendre un thé en ta compagnie.

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